Humint


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Révélé par le Washington Post en 2005, confirmé par France Info aujourd’hui : Paris est bien le siège d’ Alliance Base, cellule anti-terroriste unissant les forces de services américains, canadiens, britanniques, allemands et français.

Franck Cognard, le journaliste de la radio française qui a obtenu des documents du Ministère de la Défense confirmant l’existence du service, précisee :

Nous n’avons pas de confirmation du nombre d’opérations réalisées par cette cellule, ni des objectifs réalisés. Selon le Post, mais cela n’a jamais été ni démenti, ni confirmé, cette cellule aurait permis l’arrestation d’un Allemand, Kristian Ganczarski, présenté comme l’un des hauts représentants d’Al Qaïda en Europe. Depuis il n’y a jamais eu et il n’y aura sans doute jamais de confirmation de tout ça. [...] L’une des personnes que nous avons également rencontré, explique que l’article du Post correspondait à une période où la France et les Etats-Unis menaient une sorte de front commun pour ramener la Syrie dans le droit chemin politique. C’est sans doute pour une raison d’affichage politique que cette information est sortie. Pour montrer qu’il n’y a pas forcément que des tensions entre la France et les Etats-Unis depuis le début de la guerre en Irak.

Active depuis 2002, la cellule Alliance Base a pour vocation de traquer les mouvements transnationaux des terroristes suspects et lancer des opérations pour les capturer ou les espionner. C’est aussi une des rares/seules (?) opérations impliquant une telle coopération de services secrets différents.

Ecouter le reportage France Info du 8 septembre 2006.

lobbyseal-lgminiature-01.gifDans son discours du jour, le président américain George W. Bush a confirmé que la CIA interrogeait des suspects dans des prisons extérieures aux Etats-Unis et avec des méthodes particulières qui auraient permi d’empêcher plusieurs opérations terroristes aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Afrique :

“In addition to the terrorists held at Guantanamo, a small number of suspected terrorist leaders and operatives captured during the war have been held and questioned outside the United States, in a separate program operated by the Central Intelligence Agency. [...]
These are some of the plots that have been stopped because of the information of this vital program. Terrorists held in CIA custody have also provided information that helped stop a planned strike on U.S. Marines at Camp Lemonier in Djibouti — they were going to use an explosive laden water tanker. They helped stop a planned attack on the U.S. consulate in Karachi using car bombs and motorcycle bombs, and they helped stop a plot to hijack passenger planes and fly them into Heathrow or the Canary Wharf in London.”

lobbyseal-lgminiature-01.gif Plusieurs hauts faits des services américains auraient réduit la vulnérabilité des Etats-Unis vis-à-vis d’Al-Qaida.

Depuis 2001, la société de transfert d’argent Western Union collabore avec les services américains. Outre la surveillance des mouvements de fonds, la CIA a également espionné le réseau de virements bancaires Swift.

En 2003, un ordinateur avec le plan détaillé d’un dispositif permettant de diffuser une combinaison létale de cyanure de sodium et d’hydrogène (par exemple dans un réseau de transports publics) a été saisi à Bahreïn, en compagnie de cinq terroristes.

La même année, une taupe pakistanaise à la solde de la CIA révèle que le numéro 2 d’Al-Qaida Ayman Al-Zawahiri, a annulé une attaque chimique contre le métro de New York, 45 jours avant le coup d’envoi de l’opération.

Source : Le Nouvel Observateur, 17-23 août 2006

014200262301lzzzzzzz-01.jpg Coup de cœur pour Le Grand Roman de la CIA. Sur 890 pages Robert Littell égrène avec précision cinquante ans d’aventures CIAiennes et dans leur sillage un demi-siècle d’Histoire et de tractations politiques. Mieux encore que du Le Carré, cet ouvrage excelle dans la complétude : on effeuille à la fois roman, mémento historique et manuel d’espionnage.

La Guerre froide et Alice au pays des merveilles pour fils conducteurs, et quelques agents pour guides à travers les méandres de l’histoire font de La Compagnie une œuvre remarquablement troussée. L’Amérique d’après-guerre et l’Union Soviétique à son apogée politique sont le décor du recrutement des agents. Leurs premières missions nous replongent dans l’Histoire : Berlin avant le mur, Budapest en 1956, la mort de Staline. De grands moments de l’Histoire qui alternent avec les grandes joies de la vie : mariages et mutations sont l’occasion pour Littell de donner une épaisseur romanesque à ses personnages et un aperçu des milieux politiques de Washington.

C’est ensuite au tour de grandes figures historiques d’être plongées dans le récit et d’en prendre pour leur grade de fiction : les frères Kennedy et leurs accointances mafieuses sont au coeur de la baie des Cochons, Reagan sort peu glorieux de l’épisode afghan, Andropov alité est veillé par un agent familier du lecteur, sans oublier le pape Jean Paul Ier dont la mort mystérieuse (déjà envisagée romancièrement dans Le Parrain III de Coppola) fait objet ici d’une nouvelle interpréation. Boris Eltsine est un autre héros et Vladimir Poutine trouve également sa voie vers la postérité littéraire.

D’autres événements – Watergate, prise d’otages de Téhéran, affaire des Contras – trouvent une place dans les pages du livre dans la bouche des personnages qui livrent leur analyse politique. Enfin, narrer l’histoire de la CIA, c’est aussi conter celle du KGB et l’agence soviétique et ses méthodes de travail sont amplement exposés dans le livre. L’Histoire sociale accompagne tout cela : on apprend ici que Madonna cartonne dans les charts, là que l’informatique gagne de l’importance, ailleurs que la structure familiale évolue.

Fabuleux conteur, Littell est aussi excellent analyste. Son récit est régulièrement ponctué d’indices sur la complexité diplomatique du travail des services de renseignement. Tout amateur d’Histoire, de politique, d’espionnage et de bonnes feuilles trouvera plus que son bonheur dans The Company.