014200262301lzzzzzzz-01.jpg Coup de cœur pour Le Grand Roman de la CIA. Sur 890 pages Robert Littell égrène avec précision cinquante ans d’aventures CIAiennes et dans leur sillage un demi-siècle d’Histoire et de tractations politiques. Mieux encore que du Le Carré, cet ouvrage excelle dans la complétude : on effeuille à la fois roman, mémento historique et manuel d’espionnage.

La Guerre froide et Alice au pays des merveilles pour fils conducteurs, et quelques agents pour guides à travers les méandres de l’histoire font de La Compagnie une œuvre remarquablement troussée. L’Amérique d’après-guerre et l’Union Soviétique à son apogée politique sont le décor du recrutement des agents. Leurs premières missions nous replongent dans l’Histoire : Berlin avant le mur, Budapest en 1956, la mort de Staline. De grands moments de l’Histoire qui alternent avec les grandes joies de la vie : mariages et mutations sont l’occasion pour Littell de donner une épaisseur romanesque à ses personnages et un aperçu des milieux politiques de Washington.

C’est ensuite au tour de grandes figures historiques d’être plongées dans le récit et d’en prendre pour leur grade de fiction : les frères Kennedy et leurs accointances mafieuses sont au coeur de la baie des Cochons, Reagan sort peu glorieux de l’épisode afghan, Andropov alité est veillé par un agent familier du lecteur, sans oublier le pape Jean Paul Ier dont la mort mystérieuse (déjà envisagée romancièrement dans Le Parrain III de Coppola) fait objet ici d’une nouvelle interpréation. Boris Eltsine est un autre héros et Vladimir Poutine trouve également sa voie vers la postérité littéraire.

D’autres événements – Watergate, prise d’otages de Téhéran, affaire des Contras – trouvent une place dans les pages du livre dans la bouche des personnages qui livrent leur analyse politique. Enfin, narrer l’histoire de la CIA, c’est aussi conter celle du KGB et l’agence soviétique et ses méthodes de travail sont amplement exposés dans le livre. L’Histoire sociale accompagne tout cela : on apprend ici que Madonna cartonne dans les charts, là que l’informatique gagne de l’importance, ailleurs que la structure familiale évolue.

Fabuleux conteur, Littell est aussi excellent analyste. Son récit est régulièrement ponctué d’indices sur la complexité diplomatique du travail des services de renseignement. Tout amateur d’Histoire, de politique, d’espionnage et de bonnes feuilles trouvera plus que son bonheur dans The Company.